43m2 lève le camp.

01.07.2022

Voilà, on lève le camp ! Mais on ne le lève pas avec le sourire de la victoire. On le lève avec la lourdeur de la fatigue et de la désillusion. Une fois n’est pas coutume, mais aujourd’hui ce n’est pas le bras armé de la municipalité qui nous tire de là. Nous nous retirons nous-même en trainant des pieds. Nous nous retirons car nous sommes arrivé.exs au bout de nos énergies et peut-être de nos espoirs du moment. Cet hébergement se voulait transitoire dans l’espoir d’un relai politique. Nous n’avons jamais eu la volonté de normaliser le travail social gratuit, nous le faisons déjà touxstes suffisamment. Nous avons été bien naïf.ves de croire que notre action pourrait soudainement susciter l’intérêt de politicien-nes bien logé.es.

L’objectif de 43m2 a toujours été double : le premier objectif était de mettre la pression sur les conseiller-ère-xs et municipaux afin de tordre le cou à cette politique du thermomètre tellement déconnectée des réalités de la rue et de cette honteuse pénalisation du « camping sauvage ». Cet objectif n’est malheureusement pas atteint dans l’immédiat. Le canton et la municipalité n’apporteront aucune solution aux personnes dormant à la rue. La réponse qui nous a été donné suite à notre invitation à venir visiter le campement et à évaluer de leur propre yeux les besoins, a été de nous demander de renvoyer les personnes vers le bureau des réservations pour trouver un lit. Nous leur parlons d’une pénurie de plus de 100 lits et iels osent nous répondre d’envoyer ces personnes, pour la plupart dans la « dernière » catégorie des priorités, aux bureaux des réservations. Si la situation n’était pas tragique, nous en rigolerions presque. Malgré cette réponse méprisante, nous doutons qu’iels osent reproduire le même geste de fermeture le printemps prochain. Mais cela, nous le savons d’avance, ne sera pas grâce à nous car la municipalité ne réagit pas à la pression. Si les hébergements ne ferment pas, ça sera sûrement grâce à l’évaluation du canton sur les besoins de la rue.


Le deuxième objectif était de proposer une solution très concrète aux personnes à la rue. Celui-ci, on peut dire qu’on l’a atteint, du moins temporairement. A vrai dire on est nous-même surpris.exs de ce côté-là. Lorsqu’on a installé le campement, on a presque eu honte de ce qu’on proposait en terme de confort. On ne voulait pas tomber dans le piège de « iels sont sans logement, c’est toujours mieux que rien ». On souhaitait vraiment proposer une solution digne, même temporaire. Mais muni de nos quelques tentes, de nos palettes et de nos matelas fins, franchement, on n’était pas sûr.exs de nous. On avait même déjà préparé notre discours si notre campement restait vide, ou peu utilisé.


Et en fait, c’est autre chose qui s’est passé. On a été plein en quelques jours. Évidemment, la première raison d’y venir était simplement de pouvoir dormir à l’abri. Mais par la suite, c’est devenu un choix pour certain-exs personnes. Le confort du lit et la solidité des murs semblaient secondaires par rapport à la liberté éprouvée dans le lieu, à l’absence de contrôle, de réservation, à la possibilité de rester en journée ou de rester avec sa famille au complet, de se faire à manger à toute heure et de créer du lien. Ce qui nous paraissait à un moment indigne s’est révélé plus digne que d’autres hébergements.

Alors là-dessus, on est quand même un peu fier-ère-xs. On ne va pas non plus tomber dans un romantisme stérile ni tenter de créer une lutte sexy pour nourrir l’imaginaire de nos camarades. Très sincèrement, ce n’était pas toujours facile. Héberger 60 personnes sur un terrain d’environ 600m2 (on est bien loin de notre fameux 43m2), venant de cultures différentes, avec des vécus très différent, pour beaucoup d’entre elleux plutôt chaotique, et n’ayant pas décidé de vivre ensemble…bon…c’est un gros morceau. On est arrivé avec nos idéaux autogestionnaires. Assez rapidement on nous a demandé plus de cadre. On a donc pris le rôle par moment d’une autorité qui nous déplait mais qui nous semblait importante à prendre en charge puisque c’était une demande. Il y a eu des bagarres soft, des insultes un peu moins soft, mais franchement, par rapport à la situation, aux vécus, à la promiscuité, aux préjugés dont on est touxstes pétri, à l’impossibilité de trouver une langue commune, à des murs en cartons (enfin des toiles de tentes), des personnes ultra couche-tard et d’autres ultra lève-tôt (environ 2h de silence complet par nuit, sans compter les ronfleureuses), l’absence de douche et les 30 degrés à l’ombre…bref, considérant tout ça, nous sommes surpris.xes d’à quel point les choses se sont bien déroulées.

Selon les dires de beaucoup d’usager-èrexs du lieu et ayant l’habitude d’autres hébergement, iels étaient étonné.exs de voir des gens de différentes communautés communiquer, tenter de collaborer, manger ensemble. Bon selon les dires d’autres mécontent.e.s, on était de mauvais travailleureusxes sociaux qui ne savions pas mettre un cadre strict (ok, on le prend comme un compliment aussi).


Alors on continue à dire que les hébergements d’urgence ne sont pas une solution sur le long terme, encore moins tels qu’ils sont pensés par des institutions n’ayant aucune connaissance des problématiques de la rue (catégorisation, horaires, pas d’accueil de jour, séparation des familles…). Il faut une réflexion bien plus large sur le logement.

Nous avons tenté de notre côté d’apporter déjà quelques réflexions et réponses à travers notre expérimentation et nous souhaitons continuer à le faire. La municipalité semble dire que nous ne sommes pas des partenaires sociaux fiables. Nous lui conseillons d’aller parler avec les usager-èrexs du lieu pour connaître notre fiabilité.

Alors voilà, on lève le camp. Dès lundi prochain, ce seront à nouveau 60 personnes de plus dans les rues. Alors on était un peu fier-èrexs de ce qu’on avait fait, mais on est tellement tristes et en colère de ne rien pouvoir proposer d’autres. En un mois, on a eu le temps de créer des liens forts et ça nous troue le bide de ne pas pouvoir faire plus.

Ca nous met aussi en colère que ca soit encore nous qui portions la responsabilité de mettre des personnes à la rue pendant que les politiques dorment tranquillement dans leur villa. Nous allons retourner dans nos maisons collectives, roulottes, apparts et les croiser dans la rue. Nous allons garder des liens avec certain.exs. Trouver peut-être des solutions temporaires pour quelques personnes. Mais globalement, iels retournent à la rue avec cette phrase qui raisonne en nous « ce n’est pas la météo qui tue, c'est la rue »


Dans ce cadre là, on a encore des demandes très précises/pragmatiques, pour des coups de mains précis :

Egalement un couple venant de bulgarie désire rentrer, iels ont besoin de fonds pour l'aide au retour. Vous pouvez contribuer via notre site : https://43m2.ch/don.html


Par ailleurs, nos activités en tant que collectif ne s'arrêtent pas avec notre départ.

Vous pouvez continuer à nous suivre, nous soutenir et nous rejoindre.

N'hésitez pas à nous verser un petit don financier : https://43m2.ch/don.html

Et si vous voulez venir, dès mardi, nous aider à remettre les lieux en ordre, que vous avez un véhicule et des bras, welcome.


Pour les nombreux dons, les shifts remplis et le soutien, vous avez été formidables. MERCI

Notre hébergement est ouvert à touxtes

01.06.2022

Pétition

Signez la pétition pour soutenir l'action et les revendications du collectif. A partager aux travailleur.se.x.s du social que vous connaissez !

43m² de retour à la HETSL

Notre hébergement d'urgence transitoire et autogéré s'est installé à nouveau à Lausanne, au Chemin Isabelle-de-Montolieu 19, dans les jardins de la Haute école de travail social de Lausanne (HETSL). Toutes les personnes sans solution de logement sont les bienvenues.

Venez nous rendre visite!

Vous pouvez également lire notre communiqué, consulter les dernières informations ou faire un don.

Communiqué après l'évacuation de Beaulieu

Voici le communiqué qui fait suite à la journée d’action à Beaulieu et à la réponse de la Ville de Lausanne qui a pris la forme d'une évacuation par la force.

Nous sommes arrivé à Beaulieu

Notre communiqué

Annonce de l'ouverture d'un hébergement autogéré et transitoire à Lausanne

Notre communiqué